Après tout tu ne me liras peut être pas, on ne vient plus sur le forum, ni toi, ni moi, on s’est trop fait mal dessus, si tu le lis ça sera le destin, le signe que j’attends tu me diras, la preuve de mon amour pour toi je te dirais.

Les 7H30 de train sont interminables, pourtant lorsque le train s’arrête, je ne peux plus descendre. Je suis ancrée fermement dans ce couloir, lorgnant ces êtres se dépêchant de rejoindre le cours de leur vie. Afférés, ils ne me voient pas, ils ne voient pas mes mains qui tremblent, ils ne voient pas mes pupilles qui se dilatent, la sueur dans mon dos malgré le froid polaire, Je te sais dehors, me guettant et j’ai peur, oui, moi, le cœur sec et vide depuis 24 ans, arrogante et désinvolte, je suis alors totalement mortifiée à la simple pensée de devoir quitter ce si agréable compartiment à la merci des courants d’air. Je ne te cache pas que tous nos messages échangés me paraissent alors complètement faux, comment ai-je pu penser à t’aimer sans t’avoir jamais rencontrée ? Scénario débile d’un épisode Plus belle la vie, je me vois déjà découpée en petit morceaux par le cannibale de Rouen, heureusement qu’on a pas opté pour Marseille…

Je me déshabille et me rhabille 3 fois, je vérifie mon sac une 4ème fois (mais qu’est ce que je cherche pour la 4ème fois bordel ?), j’éteins mon Ipod pour la 5ème fois, je me regarde même pas dans le miroir des toilettes, je sais déjà que je ressemble à un zombie sortie tout droit des films de Romero… J’envoie un dernier texto à mon meilleur ami, juste au cas où… et je sors… de la voiture pour rester dans le sas… (Ben oui le sac est lourd, 3 jours à Paris pour une fille ça demande beaucoup de fringues, même à moi). Dehors tout peut se passer, dedans vous restez maître de votre vie. Ce n'est pas une série américaine, c'est votre vie, aucune voix omnisciente ne va commenter votre sortie, ni aucun Vous futur chargé de raconter à vos enfants "comment vous auriez rencontrer leur mère" ne vas intervenir. A l'extérieur, il n'y a plus que les grabataires qui arpentent le quai vers la sortie, votre plan de fuite en vous mêlant à la foule est raté. D'un coup, vous vous revoyez en haut d'une tour, ce fameux été où vous êtes devenue adulte, un élastique aux pieds, et les "petits bouts" en bas qui crient cette phrase si plein de sens:
" Allez grouille, SAUTE .... on a FAIM!!!!!!!!!!!!".
Je noue mon écharpe, ferme mon manteau, empoigne mon cartable, mets le cerveau sur "OFF" et sors sur le quai. Coup d’œil à droite, évidemment tu es là, je repose tout parce que mes muscles ont cessé de fonctionner, tu m’as vu je le sais, j’entends mes ex me traiter de "lâche", je reprends mon bardas et d'un pas décidé je fonce au devant de mon avenir. Le trajet jusqu’à notre hôtel est noyé dans un brouillard, celui de mes mots pour couvrir les blancs, mon seul objectif est d’éviter les blancs jusqu’au moment où le lit pourra nous abriter. Mine de rien, je me rends compte que tu m’écoutes et que mon accent du sud ouest ne te fais même pas rire. Je n’entends pas le tien, magie quand tu nous tiens. Je ne sais plus de quoi l’on a parlé, sûrement de la pluie et du beau temps, de la famille et des amis, de mes études et de tes recherches. Je m’en foutais, tu aurais pu tout autant me réciter le programme télé que j’en serais restée ébahie. Allongée, je me demande comment je vais pouvoir t’embrasser alors que tu es à l’autre bout du lit, je te prends la main que je ne devais pourtant pas toucher, et un frémissement parcourt mon bras, je l’effleure et tu tais. Il n’y a plus de mots à prononcer, il n’y a plus de touches sur lesquelles taper, toi et moi c’est pour de vrai, comme disent les gamins. On ne joue plus. Je réentends le silence, il ne m’a « jamais » quitté, je revois tes yeux, ton air si sérieux qui me déstabilise, la moindre respiration est alors amplifiée par cet assourdissant calme. Les minutes passent, les heures s’écoulent, la nuit avance, nous, nous nous regardons. Tu finis par être près de moi par je ne sais quel miracle, je me demande qui va oser approcher son visage, me voilà retournée à l’école primaire à faire des paris, si c’est toi c’est que notre histoire est sérieuse, si c’est moi il n’y aura pas de lendemain, …  soudain la Terre s’arrête de tourner, les vagues s’arrêtent de rouler, le feu s’arrêter de brûler parce que tu viens de poser tes lèvres sur les miennes… Il n’y aura pas un seul instant dans mon futur qui n’approchera en intensité de cette milliseconde. J’ai la sensation d’apprendre ce qu’est un corps en te touchant, je sais au plus profond de moi, avec cette magie que tu me donnes que je suis sauvée, que je n’aurais qu’à penser à elle pour savoir que j’ai eu la chance d’aimer sans limite. Je sais que je foutrais ma vie en l’air pour te rendre heureuse, que je ne te laisserais seule que si la mer s’assèche et si l’Himalaya s’érode. Je le sais. Pas besoin de pensée inutile.
Alors que je ne les ai jamais prononcé, les mots sortent sans même que mon cerveau n’ai eu le temps de les formuler. Je ne suis plus dans l’analyse. C’est la première fois que je suis dans la sensation, je me laisse aller à t’embrasser toute la nuit jusqu’au petit matin. 

Ces heures qui furent des secondes et ces baisers que je ne pouvais arrêter prirent fin 3 jours plus tard, sans inquiétude de ma part, sûre de moi, je ne voyais pas les orages débarqués si tôt, si j’avais su, je t’aurais kidnappé …