Depuis ces derniers mots 4 mois se sont écoulés. Une déclaration d’amour. Un séjour de 3 jours où l’on a atteint le paroxysme de l’horreur, où personne n’a su distinguer le bien du mal. Quand l’amour atteint les sphères de l’indicible, quand il n’y a plus de barrières à ce qu’un être humain peut faire pour sauver son ego, les résultats sont inévitables, des barreaux pour l’un, un lit blanc pour l’autre, et un foyer pour le troisième.

Je décide de parler à mes parents qui ont enfin divorcé durant cet été, abasourdis par le choc de mes révélations, ils se taisent puis s’inquiètent à bon droit. Je vis cette déclaration comme une libération, je n’ai plus à faire semblant d’aller bien, je peux pleurer si j’en ai l’envie, je peux rester prostrée s’il les minutes qui s’écoulent sont plus douloureuses que le sommeil.

Je suis là pour toi à chaque instant, tandis que mes amis passent du bon temps ou révisent pour notre examen, je passe mes journées accrochée à tes mails et mes nuits au téléphone avec toi. J’ai perdu la notion du temps. La réussite professionnelle n’est plus un objectif, sciemment je sabote mes chances de réussite. De semaine en semaine, le manque grandit, de jour en jour, mes épreuves approchent. Je fais le choix du cœur, je te rejoins pour 4 jours.

Au cours de notre dernière soirée, tu m’avoues ne pas vouloir que je quitte ma ville pour une installation plus près de toi. Seuls des doutes sur notre histoire peuvent expliquer ta réaction. Je sais alors, que c’est notre dernière nuit, que tu ne seras jamais assez sûre de « nous » pour changer de vie, pour saisir ta chance et me laisser rentrer dans ta vie.

Le noir se fait dans la chambre, peut être aussi se fait-il sur notre histoire. Les acteurs vont ils repartir dans les loges ? Le rideau va-t-il tomber sur nous ?

J’avais jusqu’à cet instant garder toute ma rancœur sous clef dans un coffre bien rangé au fond de mes tripes. Dans ce silence chargé de non dits, je suis désemparée, tu es à moins de 10cm de moi mais je n’ai plus de mots, tes mains sur mes joues deviennent humides, ma tristesse s’écoule, salée et froide sur mes joues brûlantes d’amour. Tu tentes de les effacer mais les fissures sont nettes. Dans ce silence de cathédrale, dans ce noir de tombeau, ton corps effleure le mien, ta bouche s’accroche à la mienne. Les sensations sont décuplées par nos derniers échanges, tu le sais et je le sais, c’est un adieu, la  dernière représentation. Durant des heures et des heures, je vais parcourir la courbe de ton corps, toucher du bout des lèvres la perfection d’un instant, être à deux dans cette seconde où l’infini croise l’intemporel, où le matériel s’enchaîne à l’immatériel. Peu m’importe le lendemain, je ne peux te voir mais je sais que tu souris, je sais que tu m’aimes mais je sais surtout que tu aimes la vie.

 Je veux que tu saches que tu as influé sur ma vie comme personne, que pour des décennies tu rempliras de tes souvenirs mes nuits, que je ne pourrais plus écouter Radiohead sans avoir les yeux dans le vague, ni prononcer ton prénom sans avoir la gorge serrée. Tu as gardé une part de moi cette nuit là, la plus belle et la plus aboutie, celle que tu m’as fait découvrir, celle qui aime jusqu’au bout, celle qui croyait qu’aimer suffisait pour vivre. Je ne sais pas pourquoi je t’aime tant mais je sais pourquoi je n’aimerais plus jamais autant. Personne ne sera toi. Un premier amour ne se remplace pas, ne s’efface pas, il s’ancre, attachée à perpétuelle demeure dans un cœur qui se découvre.

Il fait froid depuis 2 jours.

Ce matin, en cherchant une pièce d’identité pour passer mon épreuve, je suis tombée sur un ticket plié… daté du 20 février… une Tour Eiffel s’y dessine… une larme s’écrase sur ma copie…