Crois-tu réellement que je n’ai pas su lire dans tes regards détournés et tes silences mesurés ?
Crois-tu sans l’ombre d’un doute que la personne qui t’as le plus aimé depuis que tu respires sur cette foutue terre n’a pas compris pourquoi tu te taisais ?
Crois tu que dans mes silences il n’y avait pas une once de ta souffrance ?

A 18H ce samedi 3 juillet je suis dans ma voiture, le plein est fait, la route est programmée et m’indique une arrivée prévue à 2H15 du matin devant votre porte. Décision plus irréfléchie que ça il n’y a pas, pour m’occuper durant le trajet et ne pas penser au moment où je vais devoir te convaincre de ne pas tirer un trait sur notre présent, j’envoie des messages à mes amis, certains savent et m’engueulent et d’autres pensent que je m’arrête dans la capitale… Je veux prendre ce mur en pleine face, j’ai besoin de voir dans tes yeux que tu n’envisages plus aucun avenir avec moi. L’équation est simple, tu me dis que tu regrettes et que je suis encore et toujours celle dont tu rêves la nuit et je déménage pour ne plus avoir à supporter la distance qui nous détruit en partie, ou tu m’annonces que ta décision est sans appel et que tu as fait une erreur en me faisant espérer monts et merveilles et tu n’as plus jamais de nouvelles de moi.

Au cours du trajet, un point crucial est soulevé par la dame de la pompe à essence située au bord de l’A 20 : 
« Votre carte bleue ne passe pas » me dit elle de sa voix nasillarde. Ben tiens, manquerait plus qu’elle soit passée celle là !! A ce moment là je remercie le ciel d’avoir ramené la veille dans ma voiture une amie complètement ivre morte qui m’avait prise pour un taxi et m’avait laissé sous le siège un billet de 50 euros avant de s’effondrer sur mon lit. (Promis C. je te les rendrais). 

Depuis ce 27 juin où j’ai commencé à relater nos hauts et nos bas, je n’ai raconté les mauvais moments que rapidement, pourtant si je veux que ce chapitre ait du contenu il va bien falloir que je me force à plonger les mains dans la tristesse de mon cœur. Au milieu de toute mes années de galère, ponctuée par de nombreuses pages griffonnées puis brûlées, je n’ai jamais eu autant de mal à trouver mes mots qu’en cet instant. Il faut que je respire fort et longtemps, que je me replace dans cette voiture avec toi au téléphone me demandant de ne pas venir puisqu’ il a bien fallu que je t’annonce ma venue au milieu de la nuit. Ton« ex belle sœur » selon tes propres mots, qui se présente pourtant comme ta belle sœur me dit calmement que je ne dois pas venir au risque de LE voir s’énerver. Il ne lui vient même pas à l’idée de l’empêcher de te taper, sa conduite violente à ton égard elle trouve ça énervant mais que veux-tu, elle ne peut rien y faire. CONNASSE va ! Tu me supplies de faire demi-tour et de t’oublier. Tu n’as pas saisi tout ce que je suis alors prête à faire pour te sortir de ce que tu crois être une vie.

A 2H10, j’arrête le moteur devant votre maison, je te vois sortir, la mine défaite, tu me demandes si la route n’était pas trop longue, dans ma tête je souris, on dirait Paris…

Et pourtant, rien ne ressemble moins à notre rencontre que cette nuit, où tu refuses que je te touche, où tu me dis que ton décision est définitive, que tu en as marre des drames, que tu ne veux pas qu’IL fasse une connerie, que tu penses que ton amour pour lui reviendra avec le temps et qu’IL ne te frappera plus car IL n’avait jamais été comme ça avant moi. A contrario, j’en déduis que TU préfères que je fasse la connerie, que ma douleur est moins grande parce que nos 7 mois ne sont pas vos 10 ans… comme si la durée était un indicateur de souffrance… Ton discours est celui d’une femme aveuglée par le chantage qu’elle subit et la pitié qu’elle ressent à le quitter. Je ne vais pas te le cacher, j’ai pensé à te mettre une droite durant la semaine, mais je ne l’ai imaginé qu’une fois, quand on aime, on respecte. Tu me demandes de te laisser partir et de retourner à mon ancienne vie si je t’aime. Je n’ai plus de force, je n’ai plus de mots, je n’ai pas dormi depuis 48H. Je pars me coucher dans ma voiture aussi vide et épuisée que moi. Quand l’esprit ne supporte pas de vivre, le corps en souffre…

Une crise de manque. Depuis 5 ans j’avais oublié à quoi ça ressemblait… Dans ces cas là, vous vous pissez dessus quand ce n’est pas pire, vous vomissez, vos muscles se tétanisent et votre cœur n’a plus le rythme sinusal que vous trouvez si normal d’avoir que vous ne le remarquez pas. En court comme en long, vous pensez mourir dans la seconde où vous sentez monter la crise. 

Tu viens me chercher pour m’allonger sur le canapé où tu es censée dormir depuis 6 mois et sur lequel je me rends bien compte que personne n’a jamais dormi avant moi. La suite de la nuit est noyée dans les vapes de mes délires, tu es descendue pour me proposer de dormir sur un lit de camp à côté de votre lit… sérieusement ? Oui sérieusement. Au matin, pas lucide une seule seconde, je suis montée te dire au revoir, tu dormais avec lui, j’ai essayé de te réveiller, je ne sais pas si tu faisais semblant mais tu n’as pas bougé. J’ai vu mes erreurs, j’ai vu l’immense ironie de notre histoire et l’énorme foutage de gueule de ta part. Alors je suis partie, je suis remontée dans la voiture, j’ai tourné le coin de la rue, enlevé mon jean et à 6h du mat j’ai fait la seule chose qui me sèvre complètement et rapidement, j’ai commencé à enchaîner les montées et descentes en courant pieds nus au milieu de la route…

 

Je me dis que 13 c’est un bon chiffre pour conclure. J’aurais pu finir à 12 mais ça m’aurait rappelé trop d’évènements. J’aurais tout aussi bien pu finir à 50 ou 100. On ne peut résumer ces 7 mois en quelques pages. J’ai débuté ce récit il y a bientôt un mois avec une peine immense dans le cœur, la certitude de te perdre dès le lendemain ancré au corps, je ne sais pas comment le finir au jour d’aujourd’hui. Je ne conçois pas que notre histoire ait pris fin après ces 3 jours chez toi…

Après avoir perdu un peu de rage et de désespoir dans cette course, je reviens chez toi parce que j’ai besoin de repos. Dans ce salon où tu évites de croiser mon regard car tu as peur, je suis en train de passer par tous les sentiments qu’un humain puisse ressentir. La colère et la jalousie, le déni, la tristesse, l’incompréhension, et puisque je suis un être pensant je ne peux me résoudre à partir sans connaître la vérité. Je ne parviens pas à croire à l’ultime révélation, celle d’avoir fait l’amour avec LUI parce que tu en avais envie. Prise d’un sursaut d’énergie, je me décide à LUI « parler » sans que tu interviennes. Evidemment tu as la peur de ta vie, ta confiance en moi est réduite à néant, tu penses que je suis en train de lui révéler tes tromperies, et j’avoue que je n’ai aucune envie de te rassurer, c’est bien la moindre des revanches que je peux avoir. 

En réalité, je suis en train de le persuader que tu n’es pas heureuse, que ton choix de rester avec lui est un choix par défaut. Il me répond qu’il ne t’aime plus et qu’il ne veut pas essayer de recoller les morceaux avec toi. Il ne va bien sûr pas me dire le contraire alors que je suis encore en face de lui, prête à lui cracher au visage. Il me dit qu’il sait que je t’aime comme une folle et que nos ruptures finiront toujours en retrouvailles. Mon cerveau passe par une phase off je me vois lui « dire » que ça me dérange pas que vous couchiez ensemble, que mon souhait est que tu sois heureuse. Je me rends compte que la douleur que je me suis infligée ces dernières semaines est liée aux attentes démesurées que j’avais à notre égard, attentes relayées par ta volonté de pas me décevoir et de toujours me cacher la vérité. 

J’arrête de réfléchir. Je me pose la question essentielle qui gouverne chaque personne depuis sa naissance mais que la vie sociale renvoie au plus profond de son être : « qu’est que je veux ? » . La réponse est la même depuis le 12 décembre 2009. Ce que je veux c’est une blonde aux yeux bleus, maman d’un mollusque, qui pense que sa vie passée lui empêche d’avoir droit au bonheur, qui expie des péchés qui ne sont pas les siens et dont elle pense devoir supporter le fardeau. S’il y a un enfer c’est qu’il y a un paradis et c’est l’endroit où je veux t’emmener quelques jours par mois. Tu es complètement perdue à l’autre bout de la pièce. Tu ne sais plus quoi dire ni quoi faire, coincée entre LUI qui s’adoucit en ma présence et moi en train de me noyer dans des propositions illogiques. Je m’avance vers toi, comme si c’était la première fois je veux éviter les silences gênés. Je ne veux pas t’embrasser, je ne veux pas faire le premier pas, je ne veux pas essuyer un énième refus après la nuit passée. J’attends que tu prennes ta décision, j’attends de ne plus être dans l’attente.

Je ne saurais jamais ce à quoi tu as pensé à ce moment, ce qui t’as décidé à poser tes mains sur moi et à m’embrasser. Je ne saurais jamais si comme moi tu as eu l’impression de retrouver l’oxygène perdu depuis des semaines. Je ne saurais pas pourquoi on a fait l’amour cette nuit là dans des conditions que toute personne normale trouverait indécentes. Mais je sais pourquoi le surlendemain j’ai vécu le plus beau moment de mon existence, quand dans mon demi-sommeil, j’ai senti ta peau contre la mienne, entendu de ta bouche les mots que je ne pensais plus jamais entendre et quand sans rien ajouter tu as posé tes lèvres sur les miennes. Il n’y a pas de mensonge dans un tel don. Je sais qu’en cet instant tu m’as aimé, peu importait le passé, peu importait le futur, dans cette seconde, j’étais avec toi et ma sérénité, celle de t’aimer pour le restant de mes jours.

A chaque au revoir que l’on a dû supporter, il y avait cette sensation au delà des nos paroles que c’était peut être l’ultime baiser. Je n’ai jamais était certaine de te retrouver, la magie de notre histoire m’a donné le courage de toujours profiter de la moindre seconde en ta compagnie et des frissons sur chaque quai de gare et hall d’aéroport. Quand j’ai repris ma voiture ce mardi 6 juillet, un drôle de sentiment a pris le dessus, je savais que je ne devais pour rien au monde me retourner sinon je ne serais jamais partie. 

6 jours plus tard, tu me disais vouloir mettre un terme définitif à notre histoire. J’ai compris dans la seconde que ta décision était réfléchie. De nuit blanche en nuit blanche, de journée noire en journée noire, j’ai essayé de trouver un moyen de t’oublier. Dans ces murs qui ont abrité nos rires et nos soupirs, c’est impossible. Dans ce pays que j’ai traversé en une nuit pour te retrouver, c’est impossible. Continuer ces études au travers desquelles tu me connais, c’est impossible. 

Alors je dois partir… à 5600km.

Je ne sais pas si c’est la bonne décision et je ne sais pas si je prendrais cet avion. 

Ce matin, une amie qui te connais m’a appelé, comme d’habitude elle a senti que je cachais quelque chose, comme d’habitude elle savait que ça te concernait. Pour une fois elle ne m’a pas dit ce qu’elle pensait. Pour une fois, elle s’est tue et m’a juste demandé de réfléchir à ce que j’avais appris ces 7 derniers mois, à ce que tu m’apportais et à ce que je voulais.

Je ne lui ai pas dit. Elle n’aurait pas compris qu’il y a dans la confiance que tu m’as accordée jour après jour, nuit après nuit, baiser après baiser, une beauté qui ne me quitteras jamais, qu’il y a dans chacun de tes sourires, une fierté sans nom qui me remplit le cœur. Je ne croyais pas en l’éternité jusqu’au jour où j’ai entendu ton « je t’aime ». Je sais dorénavant qu’il y a des mots qui s’envolent et d’autres qui s’ancrent dans les mémoires. A se faire trop de bien, on s’est fait trop de mal. Mais sans lutte, il ne peut y avoir de victoires, sans chute, il ne peut y avoir de larmes. Avec toi j’ai repris mon stylo et je me suis mise à nue. De moi tu sais tout, mes forces et ma faiblesse. Les choix de vie que j’ai fait, et les amis qui m’ont aidé. Je sais ce que je peux endurer et si tu ne peux être avec moi, je ne peux vivre dans ton souvenir. Sans te chercher, je t’ai trouvé, toi, la femme que j’attendrais aussi longtemps que je respirerais, près de qui je serais chaque fois que tu m’appelleras. 

Je veux entendre ton rire se perdre dans notre maison, je veux des bouffées d’amour à chaque réveil.  Je veux t’obliger à prendre une douche froide avec moi pour te réchauffer dans notre lit. 
Je veux continuer à avoir envie de toi à chacune de tes caresses.
Je veux que tu partages tes peurs et que tu me laisses les combattre.
Je veux te voir pleurer dans la nuit sans que tu aies à te cacher, je veux que la chaleur de mes bras te rassure et que sans un mot tu soies convaincue que c’est moi l’amour de ta vie.
Je veux que tu acceptes d’avoir droit au bonheur et que tu sois convaincue que tout est possible. 

Je veux que ton fils soit heureux de voir sa mère rayonner et non pas triste d’avoir à la consoler.
Je veux qu’il grandisse en ayant le modèle de parents heureux de se retrouver et non pas malheureux de vivre ensemble.
Mais ce que je désire le plus c’est que tu acceptes d’être la première et la dernière femme que je souhaite rendre heureuse.

Depuis hier, je sais que tu n’aimes pas les points finaux, alors je n’en mettrai pas. Pour une fois je vais me taire et te laisser écrire la suite, me voler ce billet d’avion qui m’emportera loin ou me laisser recommencer une nouvelle vie. Je te laisse avec ce que tu préfères :