Pendant cette dernière semaine de cours, je renoue le dialogue, je ne sais pas ce que je cherche, sûrement le réconfort de savoir que tu m’aimes encore. J’ai besoin de t’imaginer face à ton écran, sur ton canapé, pensant à tous nos moments ensemble, réfléchissant sur ton futur que tu ne dois plus avoir avec lui. C’est malsain de te reparler alors qu‘on est en plus « ensemble ». Je le sais. Je n’en parle pas. Au cours de nos moments de discussion, un malaise se ressent, je me refuse dans un premier temps à poser la question. Tu as beau avoir de la pitié pour lui, tu ne peux ressentir davantage. C’est-ce que je me répète tous les soirs…. En vain.

Je décide alors de supprimer tous les historiques de nos conversations sur mon ordinateur, je tombe alors sur une que tu avais eu avec lui lorsque tu t’étais connectée depuis mon appartement lors de ta première venue. Je lis en diagonale, évidemment, tu étais restée avec lui pendant 2H alors que nous n’avions que 3 soirées à passer ensemble. J’en avais gros sur le cœur ce soir là…

Et puis, je tombe sur un mot qu’il écrit, un mot dont il se sert pour te faire du chantage, il te menace de m’envoyer une « vidéo ». Faut-il être stupide pour ne pas comprendre ce que contient cette vidéo? Je te laisse le bénéfice du doute et lui envoie un mail pour obtenir des explications. Le soir il m’explique qu’il ne souhaite pas que je me suicide et qu’il refuse de me dire quoi que ce soit. C’est donc à toi que je le demande, tu me promets de l’honnêteté et tu m’avoues que vous aviez réalisé une vidéo de vous deux faisant l’amour il y a de ça longtemps. 

J‘encaisse la nouvelle sans me poser de questions et sans mettre en doute ta parole. Et puis vient l’instant où notre histoire bascule dans la catégorie film d’horreur, cette seconde où je lis que tu es perdue depuis une semaine, que tu as encore des sentiments pour lui, que tu ne sais pas qui choisir… Nous sommes dans la nuit du 26 au 27 juin… et mon cœur vient de se déchirer à tout jamais. Qu’importe les remèdes et les pansements, il vient de subir sa première morsure d’amour, il y a hémorragie abondante et personne pour recoudre le patient. 

Mon esprit réclame des explications que tu ne peux me donner, tu fuis la conversation, je n’ai plus envie de lutter alors je te demande de faire un choix rapidement entre lui et moi alors qu‘aucune de nous deux n‘a parlé de se remettre ensemble, comme si ma rupture n’avait été qu’un cauchemar. Ta manipulation mentale débute. Au moment où j’écris ces mots, je sais que tu le choisiras, mon corps est perclus de crampe, pour exorciser le mal et pour laisser une trace de ce qui n’est pas encore du passé, je décide de parler de NOUS au présent. Je reviens sur ce forum où tout a commencé parce que c’est ici que tout doit finir. Je change de pseudo pour ne pas attirer ton attention, pour rester avec moi-même et les lecteurs qui auront le courage de plonger dans cet enfer avec moi. La matinée est lourde, je mets mes tripes à la vue de tous, mon cerveau n’avance plus, j’ai besoin de ma famille pour m’aérer et me rappeler que certaines personnes parviennent sans drame au bonheur.  Me voir arrivée en larmes les inquiète. Mon silence les rend eux aussi muets.

Le lendemain, lundi 28 juin, je me consacre au travail, je ne m’arrête que quelques instants pour t’envoyer un texto des plus amoureux à 17H… Je rentre à 19H30, ma messagerie instantanée s’allume et je vois que tu m’as écrit. Tu me demandes si j’ai lu SON mail, tu me dis que tu es désolée, que tu n’as jamais voulu ça et qu’il faut qu’on parle. Dans ma boîte aux lettres, un mail de LUI, long et très mal écrit comme à son habitude. 

Comment décrire l’instant où j’ai lu, la seconde où j’ai su, le moment où la vérité éclate au milieu du trou béant que tu as laissé dans mon être la veille? Evidemment son mail est antérieur à mon texto, ce qui fait passer celui-ci pour le plus pathétique des messages. Je ne sais même pas comment retranscrire ce que j’apprends alors. Comment arriver à être le plus neutre possible? En réalité je n’ai pas à l’être, pas quand tu viens de mettre un terme à la plus belle histoire de ma vie de la plus lamentable des manières.

IL me relate dans ce courriel qu’en réalité vous n’avez jamais cessé de coucher ensemble, que vous dormiez ensemble depuis le début, que tu m‘as menti tous les soirs pendant 6 mois… que la vidéo a été réalisé la semaine avant que tu viennes me voir chez moi pour la première fois et que tu lui manquais lors de ton deuxième séjour…

 

Mon père doit passer dans la soirée, je n’imagine pas lui donner le change, j’imagine même tout lui raconter, mais mes amis me le déconseillent, lui qui doit penser que sa petite fille vient de se faire briser le cœur par son connard d’ex copain…

J’alterne ma nuit au téléphone avec mes deux meilleurs amis. Ma conscience professionnelle me fait tenir toute la journée. A ce jour, je n’ai plus beaucoup d’options devant moi, celle que je ne peux envisager est celle de continuer à passer mes soirées avec toi en amie pour t’écouter te plaindre de ta vie. Celle proposée par mon ex est de coucher avec elle puis de t’envoyer les photos. Celle de mon meilleur ami qui est le seul à savoir que je ferais tout le contraire de ce qu’on me conseillera, me propose de passer le chercher sur Paris et de débarquer avec une batte de base ball. Elle est chez mes parents… dommage…   

Je poursuis le récit de notre histoire mais en dehors de ces moments je me refuse à penser à toi, je supprime toutes les musiques mélancoliques de mon Ipod, je mets du Jamiroquai et du funk dans ma playlist, il me faut bien ça pour tenir jusqu’à samedi, jour où je mettrai en œuvre la décision complètement immature que j’ai prise. Je ne relate ta véritable personnalité qu’aux amis que tu n’as pas rencontré, ceux qui t’ont vu avaient la bonne analyse depuis le début. Tu continues à me dire que tu m’aimes et que je suis la femme de ta vie, que tu as fait les mauvais choix, qu’il faut que tu t’expliques et qu’alors je comprendrais tout. 

Comprendre quoi? Que tu as été abandonnée dès ton enfance par des parents immatures, que tu te sens redevable de SA famille pour t’avoir aidé à intégrer la leur? Que tu as été tellement traumatisée par l’attitude de ta mère que tu n’imagines pas LE quitter pour ne pas priver ton fils de son père et reproduire ce que tu crois être le même schéma? Ton passé te poursuit. A la différence du mien qui m’a permit d’apprendre à compter sur moi, le tien t’a enchaîné à des êtres dont tu te sens redevable. IL t’a donné le plus beau des cadeaux et je ne peux lutter contre ça. Je ne peux pas lutter contre l’image de la famille que tu souhaites  pour exorciser celle que tu as subie. Je ne peux te donner ce que tu désires mais que tu n’oses pas me dire. 

C’est dans tes silences que j’ai compris tes peurs, je m’en suis voulu longtemps de ne pas avoir su te mettre en confiance, de ne pas t’avoir prouvé que je suis plus forte qu’Arnold Schwarzenegger, plus rapide qu’Usain Bolt et plus stratégique que Gary Kasparov. La faute ne vient pas de moi. Mais je ne peux être celle qui t’écoutera. Je te l’ai dit au bout d’une semaine, le jour où notre aventure sera finit, il ne pourra plus y avoir de toi et moi, je ne pourrais plus te parler, les ponts seront coupés, toi et moi c’est le feu ou la glace, il n’y a pas d’entre deux. 

J’ai beau retourner tout ça dans ma tête, j’ai beau entendre de l’extérieur que tu t’es servi de moi, il y a dans mon cœur une croyance infantile en l’amour. Personne ne me lisait de contes de fées étant jeune, je n’ai pas pleuré à la mort de la mère de Bambi, je n’ai jamais cru au père Noel et à la petite souris mais je crois que mon amour pour toi peut faire sortir la terre de son orbite et nous projeter dans le futur. Je suis persuadée que je peux arrêter le jour de se lever quand dans mes baisers nocturnes tu se sens éternelle ou empêcher la nuit de tomber si du noir tu as peur. Il me suffit de te prouver ça et bien d’autres choses pour que le mot fin de s’imprime pas.

Il n’y a donc qu’une solution envisageable, la dernière chance, notre dernière chance.