… 2H30 où il m’annonce qu’il a des révélations à me faire et vient me tenir compagnie à l’aéroport. Il me retrouve effondrée contre la vitre de l’aéroport, à regarder la foule passer, les couples s’embrasser le cœur en liesse, les enfants retrouver leur famille, les amis se féliciter de leurs retrouvailles… et moi je n’ai jamais été aussi bas de ma vie. Je me fous des claques pour me réveiller, je n’arrive pas à croire que j’ai pu prendre une telle décision. Je vais arrêter de me lamenter, c’est impossible que mon monde continue de tourner sans ta main dans la mienne, sans tes mails du matin.

Il ne sait pas quoi « dire », il est surpris de me voir dans cet état, il demande si c’est de sa faute que j’ai rompu… ben tiens, non c’est de celle du volcan islandais… J’ai plus de force, la tête vide, je vois bien qu’il ne me parlera pas de ces fameuses révélations et franchement ce n’est vraiment pas le moment d’en rajouter une couche. Je me faufile dans la file d’attente et je lutte pour ne penser à rien, pour ne pas pleurer devant ces inconnus si heureux de partir en voyages. Je serre les dents. J’ai des sanglots plein la gorge.

« -Vous êtes française ? Hochement de tête de bas en haut de ma part.
- Vous avez des liquides dans votre sac ? Hochement de droite à gauche.
- Vous avez quelque chose à déclarer ? A part mon indicible tristesse et ma connerie sans fond ? Ben non rien. »

Je monte dans l’avion et ne m’autorise à fondre en larmes qu’une fois les moteur en route, le jeune homme assis face au hublot fait semblant de dormir pour ne pas avoir à me poser de questions, le vieillard à ma gauche est tout penaud et me tend un mouchoir toutes les 5 minutes, mais il est vite à court de stock. J’ai pris l’avion en photo avant de décoller, je veux une trace de mon départ, un souvenir de mon passage dans ton pays, je veux pleurer jusqu’à la fin de mes jours sur ce dernier séjour si lamentable.

L’arrivée en France est cauchemardesque, il pleut à torrent, mais la pluie a l’avantage de cacher mes larmes et de mettre en scène ma tristesse, j’ai l’impression de vivre dans une comédie romantique britannique, je m’attends à tout moment à voir débarquer Hugh Grant dans le compartiment du train qui me ramènera dans mon studio vide. La soirée est noyée dans un brouillard de vapeurs alcoolisées que ma voisine a la bonne idée d’apporter. La semaine qui suit, tu m’envoies des mails tous les jours pour me demander des nouvelles. Je ne peux pas. Je dis à tout le monde que j’assume mon choix et que je ne veux pas épiloguer. Je sors tous les soirs pour ne pas avoir la tentation de me connecter à Internet. 

Mais un beau matin, je ne peux plus faire semblant, j’ouvre les yeux et ton image s’inscrit en persistance rétinienne, je t’ai dans la peau hier, aujourd’hui et demain. Depuis 6 mois je suis alternativement au paradis et en enfer. Je vis pour ce futur que je veux avoir avec toi. Alors j’arrête de lutter et je te réponds.

« Toi, mon âme sœur, ton absence sans fin me détruit, ta présence furtive me ramène à la vie. Tu as soufflé sur mes jours un vent de folie et depuis le premier mot, tu n'as plus quitté mon esprit. Je me retourne et je vois des mois de lutte incessante pour garder le peu de raison qu'il me reste. Ma dépendance ne connaît pas de limites, je pourrais me passer d'eau et de sommeil mais pas de tes yeux. 
Au matin, les miens ne sont pas encore ouverts que je t'imagine encore endormie, perdue dans tes songes à l'autre bout du pays... Qu'importe la distance car toutes les nuits je les passe avec toi, dans cet endroit que seules toi et moi, connaissons. 
Je ne sais d'où mais je te connais, je t'ai croisé dans mon passé où l'on sait déchirer. Moi qui ne dit rien, je te parlerais du monde, moi qui ne pleure pas, je me lamenterais sur notre sort, moi qui ne souffre pas, je boirais le calice, moi qui n'aimais pas, je brûle pour toi.
Il y aura toujours des embûches, il y aura toujours le monde et ses intrus, mais je serais toujours là pour les abattre près de toi. Il y aura toujours le froid de ces hivers que l'on combattra avec notre chaleur, il y aura toujours ces longues nuits que l'on écourtera par nos souffles agités. Rien ne sera plus dur que ces premiers mois où je te perdais chaque soir quand mon cœur se fendait de douleur et ne trouvait pas le réconfort de ton corps.
Je survis loin de toi, loin de mon âme et de ta voix. Près de toi, je me tais pour entendre ton rire, pour attraper au vol ces instants de vie hors du temps quand dans tes yeux je lis, je t'aime. »